Il fait
partie, aux côtés de Jacques Kayser, Gaston Bergery,
Pierre Cot, Jean Zay ou encore Bertrand de Jouvenel, des «
jeunes turcs » qui réclament un renouvellement
de la doctrine du mouvement, demandent son ancrage à
gauche et contestent les orientations de la direction du mouvement
incarnée par figure historique d'Édouard Herriot.
Député
de l'Eure à partir de 1932 et maire de Louviers à
partir de 1935, il prend la tête de la commission des
douanes de la Chambre des députés, avant d'être
nommé sous-secrétaire d'État au Trésor
dans le deuxième et éphémère gouvernement
Léon Blum (du 13 mars au 8 avril 1938). Il élabore
avec le directeur de cabinet de Léon Blum, Georges Boris,
un projet de réforme économique audacieux, axé
sur le contrôle des actifs et sur le soutien à
l'investissement militaire dont l'exposé des motifs se
réclame pour la première fois en France de précepts
keynésiens. Très contesté, ce projet sera
rejeté par le Sénat, ce qui précipite la
chute du Gouvernement.
Député
au moment de l'armistice de juin 1940, il est mobilisé
comme officier d'aviation. Il est de ceux qui veulent poursuivre
la guerre en Afrique du Nord, et s'y rend avec l'accord de ses
supérieurs sur le vaisseau « Massilia ».
Il est arrêté la-bas sur l'ordre du Résident
général Noguès et accusé de désertion
alors que bien au contraire il est de ceux qui veulent se battre,
à la différence des généraux qui
le jugent. Il est alors incarcéré par le régime
de Vichy.
Il s'évade
en 1941 et rejoint les Forces Aériennes Françaises
Libres à Londres et participe aux combats, en qualité
de capitaine pilote observateur, au sein du groupe de bombardement
Lorraine. Nommé par le général de Gaulle,
en 1943, commissaire aux finances, dans le Comité français
de la Libération nationale d'Alger, il représente
la France à la conférence de Bretton Woods avant
de devenir ministre de l'Économie nationale du Gouvernement
provisoire de la République française, en 1944.
En désaccord avec René Pleven, ministre des finances,
sur l'orientation à donner à la politique économique,
qu'il désire énergique, il démissionne
en avril 1945, faute d'obtenir le soutien du général
de Gaulle pour mettre les mesures de rigueur monétaire
(estampillage des billets)que lui semble exiger la situation
économique du pays.
Nommé
au conseil d'administration de la banque mondiale et du Fonds
monétaire international. Il représentera ensuite
la France au Comité économique et social des Nations
Unies (ECOSOC). À l'Assemblée nationale, il dénonce
très vivement, à partir d'octobre 1950, l'engagement
militaire français dans la guerre d'Indochine et devient
l'un des principaux opposant au conflit. Président de
la commission des finances à partir de 1953, les revers
rencontrés par les forces françaises finissent
par l'imposer comme l'un des recours possibles pour faire aboutir
une résolution négociée du conflit.
Après
une première tentative infructueuse pour former un gouvernement
en 1953, il est finalement investi président du Conseil
avec une forte majorité le 18 juin 1954, quelques semaines
après la défaite française de Diên
Biên Phu. Il dirigera le Gouvernement pendant à
peine un peu plus de huit mois, mais son passage aux affaires
sera l'un des temps forts de l'histoire institutionnelle de
la IVème République.
En dehors
d'Edgar Faure, ministre des Finances et numéro deux du
gouvernement, son cabinet, qu'il forme sans négocier
directement comme c'était l'usage avec l'état-major
des partis politiques, comporte peu des poids lourds de la vie
parlementaire sous la IVe République. C'est une équipe
relativement jeune, resserée et technicienne. On y trouve
des socialistes, comme Alain Savary ou Gaston Deferre, des MRP,
des radicaux, quelques gaullistes dont Jacques Chaban-Delmas.
François Mitterrand en est le ministre de l'Intérieur.
Dans son
discours d'investiture, il se donne trente jours faire aboutir
les négociations de paix sur l'Indochine. Installant
la présidence du Conseil au Quai d'Orsay, il assume en
même temps que la présidence du Gouvernement, la
direction de la diplomatie et finalement aboutit le 20 juillet
1954 à la conclusion de l'accord de Genève qui
met fin au conflit et reconnaît le partage du Vietnam
en deux États, au niveau du 17e parallèle. Après
le dénouement de la crise indochinoise, il engage des
pourparlers qui prépareront l'émancipation de
la Tunisie.
Sur le plan
institutionnel sa politique se caractérise par un effort
de rationalisation du régime parlementaire de la IVème
République et par une tentative de rééquilibrage
des institutions en faveur de l'exécutif. Refusant le
principe de la double investiture par lequel le président
du conseil pressenti se présentait deux fois devant la
chambre, une fois seul, une fois avec son Gouvernement, il dénonce
les marchandages auxquels cette pratique donne lieu et parvient
à faire réviser la Constitution de 1946 pour entériner
la fin de cet usage. Cette révision donne également
l'occasion d'un assouplissement limité du droit de dissolution.
Largement
préemptée par les problématiques internationales,
son expérience gouvernementale n'a pas le temps de s'inscrire,
sur le plan socio-économique, dans des réformes
d'ampleur. L'opinion retient néanmoins sa politique de
lutte contre l'alcoolisme qui se traduit à l'automne
1954 par une série de dispositions durcissant le régime
fiscal des bouilleurs de crus.
Malgré
l'hostilité déclarée d'une grande partie
de l'hémicycle, il met aux voix, sans le soutenir pleinement,
le projet de communauté européenne de défense.
Cet échec, qui ouvre la voie au réarmement allemand
dans le cadre de l'OTAN, lui vaut l'hostilité ouverte
du MRP, très favorable à la construction européenne
et prive son cabinet de la base parlementaire indispensable
à sa survie au-delà du très court terme.
Son gouvernement
est finalement renversé en le 5 février 1955 sur
la question du statut de l'Algérie. À nouveau
ministre dans le gouvernement Guy Mollet, il démissionne
pour cause de désaccord avec la politique menée
en Algérie. Opposé au projet de constitution élaboré
par le gouvernement de Gaulle, il mène campagne pour
le non au référendum du 28 septembre 1958, qui
se soldera par l'adoption du projet et la rapide promulgation
de la constitution du 4 octobre 1958.
Battu aux
élections législatives de novembre 1958, il rejoint
alors le Parti socialiste autonome (PSA) qui fusionne dans le
Parti socialiste unifié (PSU), et participe à
la recomposition de la gauche socialiste. Il soutient la canditature
de François Mitterrand à l'élection présidentielle
de 1965 et redevient député en 1967.
Lors des
événements de 1968, il apparaît dans l'agitation
ambiante comme l'un des recours possibles en cas d'effondrement
du régime. Son apparition lors d'un rassemblement public
au Stade Charlety le 27 mai, durant laquelle il reste toutefois
silencieux, lui sera par la suite beaucoup reprochée.
Battu aux
élections législatives de 1968, il abandonne ses
autres mandats. Gravement malade après 1972, il prend
ses distances avec la vie politique française et choisit
d'uvrer en faveur de la paix au Proche-Orient.
Jouissant
d'une réelle popularité dans l'opinion, il fut
l'un des premiers responsables publics français à
intégrer les médias de masse dans sa stratégie
de communication. Il bénéficia d'autre part d'efficaces
soutiens, comme par exemple le magazine L'Express dirigé
par Jean-Jacques Servan-Schreiber. Ses origines juives, ses
positions sur la décolonisation et sa politique de fiscalisation
des bouilleurs de cru firent cependant de Pierre Mendès
France l'une des cibles favorites, en utilisant par exemple
son aspect de chien battu, de l'extrême droite et du mouvement
poujadiste représentée à l'assemblée
à partir de 1956 par Jean-Marie Le Pen.
De nombreux
établissements scolaires et universitaires portent son
nom (à Paris et Grenoble), ainsi que le lycée
français de Tunis. Pierre Mendès France a épousé
Marie-Claire Mendès France en 1971 qu'il avait rencontré
en 1955.
Source :
fr.wikipedia.org