Expulsé
de l'université de Kazan, Oulianov poursuit néanmoins
ses études. Il est autorisé à passer ses
examens à Saint-Pétersbourg, et il obtient brillamment
son diplôme d'avocat. Il est admis à plaider en
juillet 1892, mais passe plus de temps à militer parallèlement
dans des cercles d'ouvriers et d'étudiants. Ses premiers
textes politiques (sur le paysannat, sur l'économie),
écrits en 1893, ne seront publiés qu'après
sa mort. Il publie en 1894 Ce que sont les « Amis du peuple
» et comment ils luttent contre les sociaux-démocrates,
dirigé contre les populistes. À l'image de ses
mots d'ordre et de sa doctrine, et aussi des affrontements de
l'époque, son style est volontiers polémique,
d'une ironie parfois féroce : il cherche à la
fois à disqualifier des concurrents, souvent présentés
comme des ennemis, et à mobiliser des militants en sa
faveur lors des luttes acharnées entre organisations
révolutionnaires rivales. En 1894, il rencontre sa future
femme, Nadejda Kroupskaïa, qui l'accompagnera constamment
dans ses combats politiques.
Après
un voyage qui le mène en Suisse (où il rencontre
Plekhanov), à Paris (où il voit Paul Lafargue)
et à Berlin (où il a des contacts avec Liebknecht),
Oulianov est arrêté en décembre 1895 à
Saint-Pétersbourg. Condamné à trois ans
de relégation en Sibérie, il profite de son inactivité
forcée pour écrire le Développement du
capitalisme en Russie (1899). Il soutient dans cet ouvrage que,
en additionnant les ouvriers de la grande industrie et les salariés
agricoles, son pays compte 50 millions de prolétaires
et semi-prolétaires. Cette image de la classe ouvrière
présentant celle-ci comme la force dominante de la société
russe (alors que les statistiques officielles recensent seulement
2 millions d'ouvriers pour 128 millions d'habitants, en 1897)
est appelée à légitimer la voie révolutionnaire
et à confirmer la thèse de l'auteur, selon laquelle
l'économie russe a subi des transformations économiques
majeures : la pénétration du capitalisme y est
irréversible, comme le montre le triomphe des lois du
marché dans l'agriculture.
Dès
lors, il est absurde d'envisager à la façon
des courants slavophiles ou populistes une spécificité
russe qui justifierait le choix d'un développement particulier,
différent de celui de l'Europe occidentale. Au contraire,
pour Oulianov, la Russie ne peut se passer de l'étape
du capitalisme industriel, malgré l'importance du secteur
agricole. Ce qui freine dans ce pays le développement
capitaliste et l'essor de la civilisation, c'est l'autocratie
en tant que régime politique et rapport social profondément
ancré dans toute la société. La bourgeoisie
russe, quant à elle, est incapable de libéraliser
le régime et, contrairement à ses homologues de
France ou de Grande-Bretagne, elle ne conduit pas le processus
de modernisation, et le sol russe reste encombré d'institutions
et de groupes sociaux moyenâgeux.
En 1898,
le Parti ouvrier social-démocrate de Russie (POSDR) se
constitue sans lui : étant déporté en Sibérie,
il ne peut que suivre les travaux des neuf délégués
réunis à Minsk, qui publient un manifeste annonçant
la naissance du nouveau parti. Mais dès sa libération,
en janvier 1900, Oulianov est chargé de l'organisation
du journal du parti, l'Iskra (« l'étincelle »),
dont le premier numéro paraît le 24 décembre
1900. Il adopte le pseudonyme de Lénine, pour la première
fois en décembre 1901, dans un article de la revue Zaria
(de Léna, nom d'un bagne de Sibérie où
avait eu lieu une révolte durement réprimée).
La doctrine
de Lénine se forme à partir de sa lecture de Marx
et de sa pratique révolutionnaire, mais aussi dans le
feu des polémiques contre les populistes, contre les
révisionnistes, contre Rosa Luxemburg, et bientôt
contre les mencheviks. Pour Lénine, les luttes de tendances
ont un sens politique profond ; loin d'affaiblir le parti révolutionnaire,
elles doivent servir à le renforcer en dégageant
peu à peu une ligne juste, confirmée par la réalité.
Ainsi, la
conception du parti selon Lénine est conditionnée
par l'absence, en Russie, d'une bourgeoisie éclairée.
Ce manque a des conséquences multiples : les ouvriers
ne se sont pas heurtés à une bourgeoisie libérale
et n'ont pas acquis, comme ceux de l'Occident, une culture politique
à travers la lutte des classes. Pour eux, la conscience
de classe social-démocrate ne peut venir que de l'extérieur,
notamment des intellectuels. C'est au parti qu'incombe la tâche
de former la conscience de classe, mais aussi de transformer
le rapport de forces entre les classes. Tel un levier, le parti
multiplie la force, à une condition impérative
: qu'il crée et entretienne l'« unité de
la volonté ».
Le parti
est efficace s'il est discipliné, hiérarchisé
et régulé par une division du travail sous une
commande centrale. Contre Rosa Luxemburg, qui croit à
la spontanéité des masses et à leurs propres
moyens de lutte, notamment la grève de masse, Lénine
affirme la nécessité d'un parti composé
de « révolutionnaires professionnels » qui
jouent un rôle dirigeant. Ainsi, la lutte des classes
est moins l'effet de transformations sociales spontanées
que le résultat de l'action délibérée
du parti : c'est celui-ci qui guide le prolétariat en
lui donnant la force que les ouvriers, dispersés, ne
possèdent pas, et qui leur communique la vérité.
La question
de l'organisation fut au cur des conflits entre les courants
de la social-démocratie russe. La polémique avec
Martov, dont Lénine critiquait la conception «
élastique » du parti selon ses propres termes
, est à la base du bolchevisme. Lors du congrès
du POSDR de 1903, c'est la conception de Martov qui l'emporta,
mais les partisans de Lénine furent majoritaires («
bolcheviks ») au comité directeur, ceux de Martov
étant désormais les minoritaires (« mencheviks
»). Cependant, les rapports de force entre les deux tendances
fluctuent.
À
la veille de 1905, les mencheviks sont majoritaires, mais la
révolution manquée va tout bouleverser. Lors du
Dimanche rouge, Lénine se trouve en Suisse, d'où
il tâche de suivre les événements. Quelques
semaines plus tard, il rencontre le pope Gapone à Genève,
et Lénine tente, sans succès de le convertir à
ses idées : à son retour en Russie, Gapone deviendra
un agent provocateur. Lénine décide à son
tour de rentrer en Russie et tente de convaincre les bolcheviks
de ne pas boycotter la Douma. Dans le même temps, il lutte
contre les manuvres des mencheviks et appelle à
la convocation d'un nouveau congrès. Après la
dissolution de la Douma par Stolypine en 1906, Lénine
se réfugie en Finlande, d'où il fait paraître
son nouveau journal, Proletary.
Lors du
Ve congrès du POSDR, à Londres, sa ligne triomphe
: contre les « opportunistes », contre les cadets,
en faveur de la participation à la nouvelle Douma. Mais
il est obligé de fuir la Finlande et se réfugie
en Suède en 1907, puis, de là, à Genève
et à Paris, où il vit des années très
difficiles, tant financièrement que politiquement. Il
s'installe ensuite en Pologne autrichienne, à Cracovie,
près de la frontière russe, d'où il compte
pouvoir influer plus directement sur ses camarades restés
en Russie. Lénine dirige un nouveau journal, la Pravda
; Zinoviev est auprès de lui à Paris et à
Cracovie, ainsi que Kamenev jusqu'à son retour en Russie.
Lénine est également aidé par sa femme
et la Française Élisabeth Armand, dite Inessa
ou Inès Armand, rencontrée à Paris en 1910,
qui joue souvent le rôle d'émissaire. En Russie,
Staline, jusqu'à sa première arrestation en 1911,
organise la parution de la Pravda, avec l'aide de Molotov, puis
est remplacé par Sverdlov.
Staline,
bien que déporté en Sibérie en 1913, d'où
il ne reviendra qu'en 1917, avait été introduit
par Lénine au Comité central en 1912, en vertu
d'un droit de cooptation pourtant tombé en désuétude.
Ordjonikidze travaille à l'organisation des bolcheviks.
Le scandale du chef des députés bolcheviques à
la Douma, Malinovski, qui se révèle être
un policier infiltré, n'atteint pas Lénine, qui
lui faisait pourtant confiance, contre l'avis de Boukharine.
Le monolithisme
du parti s'accentue, les débats en son sein sont limités
ou interdits: le parti unique doit être totalement unifié
pour réaliser la cohésion de la société.
Comme le notent les premiers critiques, russes (libéraux
ou mencheviks) ou étrangers (ainsi Bertrand Russell),
du nouveau pouvoir, le socialisme repose sur l'appareil politico-policier
dont le parti est la colonne vertébrale. Lénine
reconnaît lui-même que, dans une sorte de renversement
de l'importance des instances sociales telles que Marx les avaient
établies, il avait été de l'avant en 1917
pour prendre le pouvoir mais que le parti avait dû procéder
à une véritable construction des bases économiques
du socialisme. Il en est né la nécessité
d'étendre l'épuration aux dignitaires du parti:
la purge permanente fut alors instaurée. En 1912, la
scission avec les mencheviks est consommée lors d'une
conférence tenue à Prague.
La guerre
qui éclate en 1914 surprend Lénine, qui la jugeait
peu probable mais qui la souhaitait, s'appuyant sur les précédents
des guerres franco-prussienne et russo-japonaise qui avaient
débouché sur la Commune de Paris et la révolution
de 1905 en Russie. Le 7 août, Lénine est arrêté
pour espionnage il se trouvait en effet en territoire
autrichien mais est libéré peu après
et part aussitôt pour la Suisse. La faillite de la IIe
Internationale, dont tous les chefs avaient voté les
crédits de guerre et s'engageaient dans des politiques
d'union sacrée, lui semble irréversible. Dès
lors, le travail de Lénine va consister à faire
émerger l'idée du défaitisme révolutionnaire.
En février
1915, il définit la position du parti bolchevique : «
La défaite de l'armée gouvernementale affaiblit
ledit gouvernement, contribue à l'affranchissement des
peuples opprimés par lui et facilite la guerre civile
contre les classes dirigeantes. C'est particulièrement
vrai en ce qui concerne la Russie. » De nouveau, Lénine
utilise sa plume pour faire circuler les thèses bolcheviques
; Kroupskaïa, Inès Armand et la femme de Zinoviev
tentent alors, sans succès, d'amener la conférence
internationale des femmes sur les positions de Lénine.
Après
les hécatombes de l'été 1915, certains
dirigeants s'approchent des idées du défaitisme
Trotski, alors à Paris ou les embrassent
Karl Liebknecht et Rosa Luxemburg, en Allemagne. Lors
de la conférence socialiste de Zimmerwald, Lénine
peut grouper autour de lui Karl Radek et des délégués
allemands et scandinaves. Mais son propre texte, jugé
trop tranché, fut remplacé par celui de Radek
pour représenter la position de la « gauche zimmerwaldienne
», minoritaire face à la majorité plus modérée
groupée autour de l'Allemand Ledebour, et au centre,
avec Trotski. Les débats furent extrêmement houleux,
et Lénine n'atteignit pas son but de faire condamner
la IIe Internationale. En revanche, il signa le manifeste qui
marquait, selon lui, « un pas en avant dans la véritable
lutte contre l'opportunisme » en appelant les ouvriers
du monde à lutter pour une paix sans annexions ni indemnités
de guerre.
Le 24 avril
1916, la conférence de Kienthal déclara qu'«
il est impossible d'établir une paix solide dans une
société capitaliste », mais on était
encore loin de l'« assaut décisif au capitalisme
» dont parlait Lénine. Le 22 janvier 1917, Lénine
déclare, lors d'une commémoration du Dimanche
rouge : « Nous, les vieux, nous ne verrons peut-être
pas les batailles décisives de la révolution future.
» Quelques semaines plus tard éclatait la révolution
de Février (le 27 février du calendrier julien,
soit le 12 mars du calendrier grégorien). Lénine
l'apprend le 15 mars, et s'occupe aussitôt de rentrer
en Russie, qu'il regagne en compagnie de Radek, de Zinoviev
et d'Inès Armand, entre autres, et contre l'avis des
mencheviks. Ces derniers, en effet, refusent d'utiliser le moyen
proposé par les autorités allemandes, lesquelles
comptent sur les révolutionnaires pour achever de disloquer
l'armée russe : faire passer les émigrés
à travers l'Allemagne dans un wagon jouissant du statut
d'exterritorialité. Au terme d'un voyage sans incident,
Lénine est accueilli en triomphateur à Petrograd.
Il se trouve alors à la tête de quelques dizaines
de milliers d'hommes : les bolcheviks seront près de
quatre cent mille à la veille d'octobre 1917.
Mais Lénine
se préoccupe moins des effectifs du parti que des possibilités
ouvertes par l'implosion de la société russe :
il préconise une lutte immédiate pour la conquête
du pouvoir par le prolétariat, en sautant ainsi par-dessus
l'étape de la révolution démocratique bourgeoise.
Ses célèbres Thèses d'avril (1917) lui
valent le ralliement de Trotski, tandis que d'autres bolcheviks
sont réticents à sa politique : Zinoviev et Kamenev
se montrent hostiles à Lénine lorsque celui-ci,
après avoir mis en avant le mot d'ordre « Tout
le pouvoir aux soviets », prône, en octobre 1917,
la prise du pouvoir insurrectionnelle par le seul parti bolchevique
désormais majoritaire dans les soviets. Considérant
que le capitalisme est à son stade suprême - qui
est l'impérialisme et qu'il a pris la forme d'un
capitalisme monopoliste d'État (l'Impérialisme,
stade suprême du capitalisme, 1916), le théoricien
de la révolution déclare que l'exercice du pouvoir
est à la portée des bolcheviks. Mais pour le rendre
possible, il faut concentrer les moyens de contrôle, de
surveillance et de violence entre les mains du parti, dominé
par le bureau politique, une instance fort restreinte où
il détenait un rôle hégémonique.
L'activité
de Lénine se confond alors avec les événements
de la révolution d'Octobre. Lénine devient, dès
la prise du pouvoir, président du Conseil des commissaires
du peuple. Le 14 janvier 1918, en pleine négociation
du traité de Brest-Litovsk, un premier attentat vise
Lénine : un tireur embusqué fait feu sur son automobile.
Il est possible que cet attentat ait été organisé
par des officiers tsaristes, comme le prétendit la Vétchéka,
ou par l'Allemagne, insatisfaite des négociations de
paix que Trotski faisait traîner pour favoriser l'établissement
du gouvernement révolutionnaire. Un nouvel attentat a
lieu contre lui le 30 août 1918, uvre de la socialiste-révolutionnaire
Fanny Kaplan, ce qui illustre la lutte féroce entre les
bolcheviks et l'opposition ainsi que le rôle clé
que tous attribuent à Lénine.
Après
avoir distribué la terre aux paysans et abandonné,
en mars 1918, par le traité de Brest-Litovsk, de vastes
territoires aux Allemands, le régime est confronté
à une guerre civile dévastatrice. Celle-ci conduit
à ce qui a été appelé le «
communisme de guerre » : nationalisations de tous les
biens économiques, réquisitions en nature. Les
bolcheviks sortent vainqueurs de la guerre civile, mais le pays
est ruiné.
En 1921,
Lénine change d'orientation et favorise, sous le nom
de « nouvelle politique économique » (NEP),
un essor restreint du marché. Mais les structures politiques
du régime ne sont pas infléchies. Dans un processus
engagé en octobre 1917, conduisant notamment à
la dissolution de l'Assemblée constituante (en janvier
1918), les partis, les syndicats et les associations autres
que bolcheviques sont interdits; les libertés publiques
sont abolies. Avec la NEP, les persécutions religieuses,
la mise en place d'un système concentrationnaire se poursuivent.
La répression de l'insurrection des marins de Kronchtadt
en mars 1921 reste un des symboles de la poursuite de la terreur.
Le monolithisme
du parti s'accentue, les débats en son sein sont limités
ou interdits : le parti unique doit être totalement unifié
pour réaliser la cohésion de la société.
Comme le notent les premiers critiques du nouveau pouvoir, russes
(libéraux ou mencheviks) ou étrangers (ainsi Bertrand
Russell), le socialisme repose sur l'appareil politico-policier
dont le parti est la colonne vertébrale. Lénine
reconnaît lui-même que, dans une sorte de renversement
de l'importance des instances sociales telles que Marx les avaient
établies, il avait été de l'avant en 1917
pour prendre le pouvoir mais que le parti avait dû procéder
à une véritable construction des bases économiques
du socialisme. Il en est né la nécessité
d'étendre l'épuration aux dignitaires du parti
: la purge permanente fut alors instaurée.
Lénine
était partagé entre deux impératifs : pour
abolir le tsarisme, il préconisait un parti centralisé,
mais il voyait dans les revendications nationales un facteur
de dissolution de l'Empire russe. Dans les faits, il existait
dans l'Empire russe des partis révolutionnaires par nationalité
(polonais, letton), mais Lénine souhaitait, au nom de
la « volonté unique », une organisation centralisée
et non pas fédérative du parti : il s'opposait
spécialement au Bund, qui regroupait les ouvriers juifs.
Cependant, lors de la guerre de 1914, il proclama qu'il fallait
rendre aux peuples le droit à disposer d'eux-mêmes.
Ainsi Lénine se distingue à la fois de ceux qui,
comme Rosa Luxemburg, considéraient que les revendications
nationales sont toujours bourgeoises et de ceux, comme les austromarxistes
d'Otto Bauer, qui préconisaient l'« autonomie culturelle
» des nationalités.
Une fois
au pouvoir, et alors que Staline a été nommé
commissaire du peuple aux Nationalités, les bolcheviks
s'engagent dans une politique brutalement centralisatrice; ainsi,
en 1921, ils envahissent la Géorgie, qui avait choisi
l'indépendance, sous la direction des mencheviks.
En 1923,
lors de la préparation de la nouvelle Constitution de
l'Union soviétique, qui, à la différence
de celle de 1918, se préoccupait de la structure territoriale
de l'État, Staline proposa un schéma assurant
une prédominance de la Russie. Certains communistes
des Géorgiens furent indignés, et Lénine,
déjà malade, en fut averti. Dans le secret des
murs du Kremlin, il s'opposa sans aucun doute à Staline.
Sa critique du chauvinisme grand-russe était due, pour
une large part, à des considérations stratégiques.
Il apparaissait que l'extension de la révolution en Europe
ne serait pas aussi rapide qu'on l'avait cru, en dépit
de la création de la IIIe Internationale, en 1919.
Lors du
IVe congrès du Komintern, qui s'ouvre le 5 novembre 1922,
Lénine s'inquiète de ce que la résolution
est « entièrement imprégnée de l'esprit
russe ». Il écrit le 25 décembre sa Lettre
sur les nationalités, qui reflète ses inquiétudes
à propos du « chauvinisme grand-russe ».
Dans son dernier article, Mieux vaut moins mais mieux, publié
le 5 mars 1923, Lénine affirme que « l'Orient est
entré définitivement dans le mouvement révolutionnaire
». Mais s'il place des espoirs nouveaux dans la lutte
en Chine ou en Inde, il considère qu'une phase de développement
de ces pays « arriérés » est nécessaire,
et qu'en la matière, la Russie n'est pas en tout un exemple,
elle qui doit encore « bannir toutes les traces d'excès
que lui a laissées en si grand nombre la Russie tsariste,
son appareil capitaliste et bureaucratique ».
Dès
les mois qui suivent la prise du pouvoir, des luttes de factions
déchirent le parti. Bientôt, Lénine est
conduit à les arbitrer, notamment entre Staline et Trotski.
Selon Lénine, « Trotski ne se distingue pas seulement
par les capacités les plus éminentes [...] mais
il est excessivement porté à l'assurance et entraîné
outre mesure par le côté administratif des choses
». Mais Trotski utilise une stratégie différente
de celle de Staline. Celui-ci, devenu secrétaire général
du parti en avril 1922, s'appuie sur Zinoviev, président
du Komintern dès 1919, pour placer des hommes sûrs
aux échelons clés du parti et de l'Internationale.
Staline est un homme d'appareil. La principale critique que
porte Lénine concerne d'ailleurs ce « marécage
putride et bureaucratique de ''services'' » dans lequel
il estime, au début de 1922, que le parti s'est noyé.
En mai de cette année, une première attaque cérébrale
lui interdit de participer pleinement à la vie politique.
Il reparaît en octobre, mais dès décembre,
il ne peut que dicter ses articles. Il meurt d'une troisième
attaque, le 21 janvier 1924.
Le «
testament » de Lénine fut publié par un
journaliste américain proche de Trotski et admirateur
de la révolution russe, Max Eastman, dans le New York
Herald. Il s'agit en réalité d'une lettre au congrès
du Komintern, où Lénine recommande, dans un post-scriptum
du 4 janvier 1923, d'écarter Staline du poste de secrétaire
général du parti. Trotski désavoua Eastman,
écrivant notamment que « Vladimir Ilitch n'a laissé
aucun ''testament'', et [que] le caractère même
de ses rapports avec le parti exclut toute idée de ''testament''
». Kroupskaïa parlait de son côté des
« fantaisies de Max Eastman ».
Source :
www.lenine.ch/.../html