Baudricourt
fournira une épée et une escorte de six hommes
d'armes à Jeanne, pour la conduire auprès de Charles
VII à Chinon. Les habitants de Vaucouleurs se cotiseront
pour lui fournir un cheval et une armure. Elle partira le 23
février, traversera les cent cinquante lieues de pays
infestés de bandits, et arrivera à destination
onze jours plus tard.
Le roi consentira
à la recevoir au bout de deux jours. Il se cachera parmi
les gens de sa cour. Jeanne se dirigera vers lui sans hésiter.
Elle lui déclarera qu'elle était envoyée
par Dieu pour le conduire à Reims, le faire sacrer roi,
et pour chasser les Anglais. Elle lui récitera alors
une prière qu'il avait faite mentalement quelques mois
auparavant. Le dauphin, méfiant, demandera à des
prélats, de s'assurer qu'elle était bonne chrétienne
et non une sorcière. Jeanne répondra aux prélats,
qui désiraient un signe : "En nom Dieu, je ne suis
pas venue à Poitiers pour faire signe. Mais conduisez-moi
à Orléans je vous montrerais le signe que je suis
envoyée".
On vérifiera
également sa virginité. Orléans, cité
des premiers Capétiens et dernière place possédée
par Charles VII au Nord de la Loire, résistait avec courage
au siège des Anglais. Dotée d'une armure et d'un
étendard à la devise "Jésus Maria",
Jeanne prendra la tête d'une escorte composée de
capitaines et de jeunes princes de la cour parmi lesquels le
duc d'Alençon, Gilles de Rais et La Hire.
Jeanne dictera
une lettre aux chefs de l'armée anglaise dans laquelle
elle les sommera de quitter la France. "Vous, archers,
compagnons de guerre qui êtes devant la bonne ville d'Orléans,
allez-vous-en, de par Dieu, en vos pays, et si vous ne le faites,
attendez des nouvelles de la Pucelle qui vous ira voir avant
peu, à votre bien grand dommage".
Jeanne arrivera
devant Orléans le 29 avril. Elle sera accueillie par
Dunois et attendra ses troupes jusqu'au 4 mai. Elle commencera
par détruire certaines des treize redoutes construites
par les Anglais pour interdire l'accès à la ville.
La bastille Saint-Loup tombera le 4 au soir, une autre le 6.
La plus importante redoute, la bastille des Tournelles ou des
Tourelles, sera prise d'assaut le 7. Une flèche traversera
l'épaule de Jeanne. Les Anglais abandonneront leurs derniers
ouvrages le dimanche 8, abandonnant en grande partie artillerie
et provisions. La délivrance d'Orléans aura un
extraordinaire retentissement dans toute la France.
Charles
V hésitera encore deux mois avant d'accepter de faire
sacrer à Reims. La victoire de Jeanne à Patay
le 18 juin, face au célèbre chef militaire anglais
Talbot, finira par convaincre le roi. Les Anglais renonceront
également à Jargeau, Meung, Beaugency. Leurs capitaines
Salisbury, Suffolk et Falstolf, seront tués ou faits
prisonniers.
Accompagné
de Jeanne, le roi de France traversera la région située
entre la Loire et Reims, aux mains des Anglais ou des Bourguignons.
Il s'emparera de Troyes et arrivera à Reims le 17 juillet
pour être sacré dans la cathédrale et devenir,
selon Jeanne, " le vrai roi et celui auquel devait appartenir
le royaume de France". Le nouveau souverain devra se contenter
d'une couronne de remplacement, l'originale étant restée
à Saint-Denis aux mains des Anglais. L'évêque
de Beauvais, Cauchon, pair de France favorable aux Anglais,
est absent.
Jeanne prendra
la tête des troupes chargée de délivrer
Paris. En chemin, Laon, Soissons, Château-Thierry et Compiègne
repasseront sous le contrôle de la France. L'attaque de
Paris aura lieu le 8 septembre. Jeanne, blessée devant
la porte Saint-Honoré dont elle avait enlevé les
ouvrages avancés, sera entraînée de force
hors du champ de bataille. Les favoris de Charles VII redoutaient
son l'influence en cas de victoire.
Ramenée
sur la Loire et contrainte à l'inaction durant l'hiver
1430, elle parviendra à s'échapper printemps.
Les Bourguignons assiégeaient alors Compiègne.
Arrivée sur place le 23 mai, elle tombera de cheval alors
qu'elle couvrait la retraite des siens. Devenue la captive de
Jean de Luxembourg, elle sera vendue aux Anglais au prix de
10 000 francs d'or. Charles VII, sur les conseils de son entourage,
n'interviendra pas malgré les nombreuses réactions
de la population.
Jeanne sera
conduite à Rouen 18 décembre 1430. Les Anglais,
qui voulaient apporter la preuve qu'elle ne pouvait être
celle à qui saint Michel avait demandé de les
bouter hors de France, souhaiteront apporter la preuve de l'imposture.
Ils souhaiteront ainsi ébranler la confiance de Français
et compromettre le roi Charles qui s'était associé
une fille de Satan. Ils demanderont à l'évêque
de Beauvais, Pierre Cauchon, d'instruire le procès en
sorcellerie. Jeanne dira alors à ses juges : " Vous
écrivez tout ce qui est contre moi et vous ne voulez
pas écrire ce qui est pour moi". Le procès
durera quatre mois.
Jeanne restera
détenue, les fers aux pieds le jour, attachée
par une chaîne reliée à une grosse poutre,
la nuit. Ses juges l'interrogeront sans relâche, parfois
entre trois heures le matin et trois heures le soir. "Etes-vous
en état de grâce ?" lui demandera Cauchon.
Une réponse positive prouverait son l'orgueil diabolique,
une réponse négative serait l'aveu de sa culpabilité.
Elle répondra alors : " Si je n'y suis, Dieu veuille
m'y mettre, si j'y suis, Dieu veuille m'y tenir". A défaut
de la convaincre de sorcellerie, on l'accusera d'hérésie
pour avoir porté des habits d'homme.
On la conduira
au cimetière de Saint-Ouen et, la menaçant de
mort, on lui dira : "Tu abjureras immédiatement
ou tu seras brûlée aujourd'hui même".
On lui promettra de la libérer des Anglais si elle abjurait.
Epuisée et épouvantée, elle dira alors
: "Je me soumets à l'Église". Elle s'engagera
à ne plus porter d'habits d'homme. Ne sachant pas lire,
elle signera un acte d'abjuration dans lequel elle reconnaissait
être hérétique, idolâtre, schismatique
et invocatrice des démons. Cauchon la condamnera à
la prison perpétuelle "au pain de douleur et à
l'eau d'angoisse" avant de la remettre aux Anglais. Ses
gardes profiteront de son sommeil pour l'habiller en homme.
Accusée d'être retombée dans sa faute, Jeanne
venait de commettre une relapse passible du bûcher.
Elle sera
conduite sur la place du Marché, entourée d'un
millier de soldats, le mercredi 30 ami 1431, à neuf heures
du matin. Attachée sur le bûcher, elle demandera
que l'on tienne levée devant ses yeux la croix provenant
de l'église voisine. Elle invoquera ses saintes et saint
Michel durant son supplice. Les Anglais feront jeter ses cendres
à la Seine.
Charles
VII initiera le procès de réhabilitation de la
Pucelle qui interviendra entre 1450 et 1456. Le souverain refuse
d'attribuer l'origine de son couronnement à une sorcière.
Les juges finissent par trouver un vice de forme dans la procédure
du premier procès : "le matin de son supplice, dans
son cachot, Jeanne avait pu se confesser et avait reçu
la communion, avec l'accord de Cauchon. Relapse et excommuniée,
elle n'y avait pas droit". La légende de Jeanne
d'Arc pouvait alors se répandre dans toute l'Europe.
Source :
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