Les peuples
d'Aquitaine furent les premiers qui essayèrent de se
rendre indépendants. Charlemagne marcha contre eux avec
une armée peu nombreuse ; mais il comptait sur Carloman
son frère, auquel l'Aquitaine appartenait en partie,
et qui, par conséquent, était obligé de
s'unir à lui. Carloman se trouva en effet au rendez-vous,
à la tête de ses troupes ; les soupçons
qu'il avait conçus de l'ambition de Charlemagne lui faisant
craindre de tomber en sa puissance avec l'élite de ses
guerriers, il rebroussa chemin.
Dans cet
abandon imprévu, qui ne pouvait qu'exciter les peuples
à la révolte, Charlemagne n'hésita pas
un moment ; sans compter le nombre de ses soldats, ni celui
de ses ennemis, il poursuivit sa route, livra bataille, remporta
une victoire complète (770), mit ordre aux affaires de
l'Aquitaine avec une promptitude, une prévoyance qui
révélèrent le grand homme et le politique
habile, et déconcertèrent les princes tributaires
de la France, qui croyaient pouvoir profiter de la jeunesse
du monarque pour se dégager de la foi jurée.
Quand le
caractère de Charlemagne ne l'aurait point porté
à faire des conquêtes, la disposition des grands
de l'Etat lui aurait appris que le seul moyen de conserver la
paix de son royaume était de les occuper sans cesse de
la grandeur du trône, afin qu'ils n'eussent pas le loisir
de se lier pour leurs propres intérêts. Lorsqu'il
se trouva seul maître de la France, il forma le projet
de soumettre les Saxons. Ces peuples, encore païens, occupaient
une grande partie de l'Allemagne, et, comme tous les barbares
pour qui l'indépendance est le premier des biens, ils
préféraient le pillage à des établissements
fixes, avaient plusieurs chefs, et formaient plusieurs tribus
rarement disposées à s'unir pour le même
intérêt.
Charlemagne
commença à leur faire la guerre en 772, et n'acheva
de les soumettre qu'en 804 ; ils résistèrent trente-deux
ans à un vainqueur qui, quelquefois indulgent jusqu'à
l'imprudence, souvent sévère jusqu'à la
cruauté, aussi empressé de les convertir que de
les subjuguer, ne fut réellement maître de leur
pays qu'après l'avoir changé en solitude. Qu'on
juge de ce que les Saxons auraient pu faire pour se maintenir,
s'ils n'avaient formé qu'un seul peuple conduit par un
seul chef ; les deux plus célèbres furent Witikind
et Alboin, qui finirent par embrasser le christianisme.
Pour comprendre
la longue résistance des Saxons, il ne faut pas oublier
que la manière dont les armées se composaient
alors mettait chaque année un intervalle de repos entre
les hostilités ; que Charlemagne avait de plus à
combattre les Lombards, les Huns, les Sarrasins, les Bretons,
les Danois, et que, la grandeur de ses Etats rendant les révoltes
faciles, il lui fallait faire autant d'efforts pour conserver
que pour acquérir. Sa cruauté envers les Saxons
ressemble au désespoir ; son indulgence à leur
égard prouve que, pressé par d'autres affaires,
il trouvait bonne toute conciliation qui lui permettait de s'éloigner
avec honneur.
En effet,
tandis qu'il se battait sur les bords du Weser, le pape Adrien
implorait son secours contre Didier, roi des Lombards, qui venait
de reprendre l'exarchat de Ravenne, cédé au saint-siège
par Pépin le Bref, et qui pressait le pape de couronner
les fils de Carloman, afin de montrer Charlemagne comme l'usurpateur
du royaume de ses neveux, et de soulever par ce moyen une grande
partie de la France contre lui. Le danger était pressant
; il accourt, et, toujours servi par la victoire, il se saisit
de la personne de Didier, l'envoie finir ses jours dans un monastère,
et se fait couronner roi de Lombardie (774).
Ce fut la
fin de ce royaume, qui reprit, peu de temps après, son
ancien nom d'Italie, mais qui conserva les lois qu'il avait
reçues des Lombards. Charlemagne passa bientôt
en Espagne (778) au secours d'un des chefs sarrasins qui se
disputaient l'empire de ces belles contrées ; il assiégea
et prit Pampelune, se rendit maître du comté de
Barcelone ; mais ses troupes, à leur retour, furent écrasées
dans la vallée de Roncevaux, par un parti de Sarrasins,
et par les Gascons montagnards, sujets tributaires et ennemis
mortels de Charlemagne, si difficiles à contenir, que,
plus de trente années après, il fut encore obligé
de porter ses armes contre eux.
Cette déroute
a fait dire à quelques auteurs espagnols que leurs ancêtres
avaient battu Charlemagne et ses douze pairs, prétention
qui n'a pas besoin d'être réfutée ; mais
on ne peut s'empêcher de remarquer que la célébrité
de cette bataille est moins due aux historiens qu'aux romanciers,
qui en ont fait un sujet de gloire particulière au fameux
Roland, tué à Roncevaux, quoique les chroniques
du temps ne le distinguent pas des autres généraux
qui périrent comme lui dans cette fatale journée.
Les mauvaises
dispositions des peuples d'Aquitaine ayant décidé
Charlemagne à leur donner un roi particulier, il choisit
le plus jeune de ses fils, Louis, si connu sous le nom de Louis
le Débonnaire ; de même, les efforts continuels
des Lombards et même des Grecs pour reconquérir
l'Italie, et le peu de fidélité qu'il trouvait
dans les grands auxquels il avait confié le pouvoir,
lui firent sentir la nécessité de les rallier
autour du trône, et il leur donna pour roi Pepin, le second
de ses fils : l'aîné, qui portait le nom de Charles,
resta près de lui pour le seconder dans ses expéditions.
Il avait
un autre fils, qui se nommait aussi Pépin : c'était
le premier de ses enfants. Soit qu'il eût pour lui une
partie de l'aversion qui l'avait décidé à
répudier sa mère, soit qu'en effet ce jeune prince,
mal fait de corps, mais d'une belle figure et d'un esprit actif,
eût mérité la haine de son père,
il n'eut aucune part dans le gouvernement ; les mécontents
s'unirent à lui, le mêlèrent dans une conspiration
qui fut découverte, et il ne conserva la vie qu'en se
consacrant à Dieu dans un monastère.
A son retour
d'Espagne, Charlemagne eut encore besoin d'aller combattre les
Saxons : chaque année cette expédition se renouvelait.
Ils portèrent tout le poids de l'humeur que lui avait
donnée la journée de Roncevaux ; car il fit trancher
la tête à 4 500 d'entre eux : vengeance terrible
qui ne servit qu'à multiplier les résistances.
De là il passa à Rome pour faire couronner par
le pape ses deux fils, Pépin et Louis (780), confirmant
ainsi lui-même les peuples dans la croyance que le chef
de la religion pouvait seul rendre le pouvoir royal légitime
et sacré.
Il est impossible
de suivre ce prince dans toutes ses expéditions militaires,
dans toutes les courses qu'il entreprit pour apaiser des révoltes
qui se renouvelaient sans cesse ; il suffira de remarquer que
l'année 790, la vingt-deuxième de son règne,
fut la première qu'il passa sans prendre les armes, et
que cette paix ne dura que jusqu'au printemps de l'année
suivante. Plus sa puissance s'étendait, plus il devait
penser à reprendre le projet formé par son aïeul
Charles Martel de rétablir l'empire d'Occident ; aussi
l'impératrice Irène, qui régnait à
Constantinople, afin de prévenir le partage de l'empire,
fit proposer à Charlemagne d'unir leurs enfants, ce qui
aurait mis de nouveau le monde sous une seule domination.
Sa proposition
fut acceptée ; mais lorsque l'ambition eut conduit Irène
à détrôner son fils et à s'emparer
du pouvoir, elle fit offrir sa main à Charlemagne. Cette
union bizarre, que l'ambition seule pouvait concevoir et accueillir,
aurait présenté un nouveau spectacle au monde,
si l'impératrice n'eût été renversée
du trône. Charlemagne se fit couronner empereur d'Occident,
l'an 800, par le pape Léon III ; et, quoique son voyage
à Rome n'eût pas alors d'autre but, il affecta
une grande surprise des honneurs dont on l'accablait.
Ce couronnement
se fit le jour de Noël. Charlemagne fut déclaré
César et Auguste ; on lui décerna les ornements
des anciens empereurs romains ; toutes les formes consacrées
furent suivies ; on oublia seulement qu'il était impossible
que l'empire se conservât dans une famille où le
pouvoir se partageait entre les enfants du monarque décédé.
Charlemagne, après avoir fait un de ses fils moine, eut
le malheur de perdre, en 810, Pépin, qu'il avait créé
roi d'Italie ; l'année suivante, Charles, l'aîné,
suivit son frère au tombeau ; il ne lui resta de fils
légitime que Louis, roi d'Aquitaine, qu'il associa à
l'empire en 813, son grand âge et ses infirmités
lui faisant pressentir que le terme de sa carrière approchait.
En effet,
il mourut le 28 janvier 814, dans la 71e année de son
âge, et la 47e de son règne. Par son testament,
fait en 806, confirmé par les seigneurs français
assemblés à Thionville, et signé par le
pape Léon, Charlemagne partagea ses États entre
ses trois fils. « Ce qui est à remarquer, dit le
président Hénault, c'est que ce prince laissa
à ses peuples la liberté de se choisir un maître
après la mort des princes, pourvu qu'il fût du
sang royal. »
Mais ce
qui est plus singulier encore, c'est la disposition portant
que, s'il s'élève quelque différend entre
les trois successeurs, ils auront recours, non à la bataille
ou la preuve par duel, mais au jugement de la croix. Ce jugement
consistait, dans les affaires douteuses, à conduire à
l'église deux hommes qui s'y tenaient debout, les bras
biens en croix, pendant la célébration de l'office
divin, et gain de cause était donné à celui
des deux partis dont le champion était resté le
plus longtemps immobile dans cette attitude. C'est ce qu'on
appelait encore le jugement de Dieu.
Ce prince,
toujours victorieux, versait des larmes en pensant au mal que
les peuples du Nord feraient un jour à la France : «
Si, malgré ma vigilance, disait-il, ils insultent les
côtes de mes Etats, que sera-ce donc après ma mort
? » Il sentait trop tard que ces mêmes Saxons, qu'il
avait réduits à chercher un asile dans les climats
les plus âpres, reviendraient exercer contre son royaume
de cruelles représailles, et entraîneraient à
leur suite d'autres barbares, toujours faciles à exciter
par l'appât du butin : l'avenir ne justifia que trop ses
craintes.
Aucun monarque
n'a été plus loué que Charlemagne ; il
a réuni en sa faveur les guerriers, les évêques,
les hommes de loi et les gens de lettres ; les politiques lui
ont reproché d'avoir tout réglé dans l'Etat,
excepté la succession au trône, qu'il laissa à
la merci des factions, et d'avoir multiplié ces assemblées
où le pouvoir royal s'affaiblit nécessairement,
ce qui ne s'accordait pas avec l'étendue donnée
à l'empire. Il surmonta tous les obstacles par son génie,
son courage, son activité, et l'art de distribuer les
récompenses ; mais il ne consolida rien ; et, pour lui
succéder avec la même gloire, la même sûreté
pour le trône et pour la France, il aurait fallu lui ressembler.
Malheureusement
il fut le dernier héros de sa race. En parvenant à
rétablir l'empire d'Occident, il avait accompli le dernier
projet formé par sa famille ; il ne restait plus qu'à
conserver. La politique de Pépin n'ayant jamais eu d'autre
but que celui d'acquérir, l'héritier de Charlemagne
se trouva sans règle pour se diriger.
Suivant
les historiens contemporains, Charlemagne était l'homme
le plus haut de taille et le plus fort de son temps : «
Il ne portait en hiver, dit Eginhard, qu'un simple pourpoint
fait de peau de loutre, sur une tunique de laine bordée
de soie. Il mettait sur ses épaules un sayon de couleur
bleue, et il se servait pour chaussures de bandes de diverses
couleurs. » Suivant le même historien, Charlemagne
fut enterré à Aix-la-Chapelle. On le descendit
dans un caveau, où il fut assis sur un trône d'or,
revêtu des habits impériaux, du manteau royal et
du grand chaperon de pèlerin qu'il portait dans tous
ses voyages de Rome ; il avait la couronne sur la tête
; il était ceint de son épée, tenait un
calice à la main, avait son livre d'Évangiles
sur les genoux, son sceptre et son bouclier d'or à ses
pieds.
Le sépulcre
ayant été rempli de pièces d'or et parfumé
d'odeurs, on le scella, et par-dessus fut élevée
un superbe arc de triomphe, sur lequel on grava cette épitaphe
: « Ici repose le corps de Charles, grand et orthodoxe
empereur, qui étendit glorieusement le royaume des Français,
et le gouverna heureusement pendant quarante-sept ans. »
Charlemagne mérita le titre de restaurateur des lettres
; il attira en France, par ses libéralités, les
savants les plus distingués de l'Europe, entre autres
Alcuin, dont il se fit le disciple ; Pierre de Pise, qui prenait
le titre de grammairien de Charlemagne, et Paul Warnefrid, connu
sous le nom de Paul Diacre, qui lui enseigne la littérature
grecque et latine.
Ce fut par
les conseils d'Alcuin que Charles établit une académie
dans son palais. Il assistait aux séances avec tous les
savants et les beaux esprits de sa cour, Leidrade, Théodulphe,
les archevêques de Trèves et de Mayence, et l'abbé
de Corbie. On lit dans les lettres d'Alcuin, que tous les membres
de cette académie avaient pris des noms particuliers,
analogues à leurs talents ou à leur goût
pour quelque ancien auteur : l'un s'appelait Damétas,
l'autre Homère, un troisième Candidus ; Charlemagne
avait choisi le nom de David. Il se faisait honneur d'être
membre de cette société littéraire, la
première qu'on eût vue dans les Gaules, et donnait
son avis sur les sujets qu'on y discutait.
Charlemagne
avait amené d'Italie des maîtres de grammaire et
d'arithmétique ; il les établit dans les principales
villes de ses États, et fit ouvrir des écoles
de théologie et d'humanités dans les cathédrales
et dans les monastères. Il écrivit à Lulle,
disciple de saint Boniface, apôtre de l'Allemagne, et
son successeur sur le siège de Mayence : « Disposez-vous,
vénérable père, à instruire vos
enfants dans les arts libéraux, afin qu'en cela vous
satisfassiez nos ardents désirs, etc. »
Alcuin,
Paul Diacre et Pierre de Pise composaient des pièces
de vers latins, de différents mètres et sur divers
sujets, pour amuser ou instruire le monarque. Dans une de ces
pièces en vers trochaïques, Charlemagne dit à
Paul Warnefrid : « En grec, vous êtes un Homère
; en latin, un Virgile ; en hébreu, un Philon ; dans
les arts, un Tertulle... nuit et jour vous vous occupez à
m'enrichir l'esprit de littérature, tant latine que grecque.
Nous vous faisons de grands remerciements de ce que vous entreprenez
de former dans la science du grec ceux que nous vous avons confiés.
C'est une gloire pour nos États : Nunc surrexit gloria.
»
Lebeuf attribue
cette pièce à Pierre le grammairien, et, si elle
n'est pas de Charlemagne lui-même, on voit qu'elle a dû
être écrite, en quelque sorte, sous sa dictée.
Ce prince était en correspondance avec Paulin, patriarche
d'Aquilée, qui lui dédia plusieurs de ses ouvrages.
Il ne dédaignait pas de proposer ou de deviner des énigmes,
selon l'usage de son temps.
On a de
lui une lettre toute énigmatique, adressée à
Paul Warnefrid. Cependant plusieurs historiens modernes ont
avancé que Charlemagne, qui montra tant de goût
pour les sciences, et qui parlait plusieurs langues, ne savait
pas écrire, pas même signer son nom, et ils s'appuient
de ce passage d'Eginhard : Tentabat et scribere, tabulasque
et codicillos ad hoc in lectulo, sub cervicalibus, circumferre
solebat, ut quum tempus vacuum esset, manum effingendis litteris
assuefaceret. Mais suivant Ceillier, le texte d'Eginhard signifie
seulement que Charlemagne essayait d'imiter les beaux caractères
des manuscrits de sa bibliothèque, et qu'il ne put y
réussir, s'étant exercé à ce travail
dans un âge trop avancé.
Ce prince
consacrait tous ses loisirs d'hiver à la lecture. Il
faisait mettre sous le chevet de son lit la Cité de Dieu
de saint Augustin. On lui lisait à table les ouvrages
des Pères, ou les vies des rois, ses prédécesseurs.
Toute la belle saison était consacrée à
des voyages ou à des expéditions militaires.
Saint Grégoire
avait réglé le chant religieux qui avait été
introduit en Occident par saint Ambroise. En France, ce chant
n'était qu'une psalmodie pesante et monotone. Charlemagne
fit venir des chantres de Rome. Il y avait dès lors des
notes pour le chant ; des écoles furent ouvertes, et
un capitulaire ordonna que le chant grégorien serait
reçu dans toutes les églises de France. Charlemagne
voulu aussi introduire dans ses États la liturgie romaine.
Le clergé qui tenait aux anciennes coutumes, montra quelque
résistance. Plusieurs églises cédèrent
à l'autorité du monarque ; d'autres firent un
mélange des deux liturgies romaine et gallicane.
Charlemagne
prescrivit, mais sans pouvoir l'établir, l'uniformité
des poids et des mesures. C'est à lui qu'est due la manière
de compter par livres, sous et deniers. Ce grand prince avait
conçu le projet de joindre le Rhin au Danube, et l'Océan
au Pont-Euxin. Ce projet ne paraissait pas d'une exécution
bien difficile ; toute l'armée fut employée à
creuser un canal. Les travaux avaient été conduits
jusqu'à 2 000 pas, lorsque les pluies, l'éboulement
des terres, et le défaut de connaissances qu'on a depuis
acquises, firent d'abord interrompre, et ensuite abandonner
cette noble entreprise.
Mais les
arts, protégés par Charlemagne, élevèrent
d'autres monuments. La ville d'Aix-la-Chapelle, devenue le siège
de l'empire, dut à ce prince son origine et son éclat
; elle prit son nom d'une chapelle magnifique qu'il avait fait
construire avec les plus beaux marbres transportée à
grands frais de Rome et de Ravenne. Les portes de ce temple
étaient de bronze, et son dôme surmonté
d'un globe d'or massif.
Rien n'égalait,
à celle époque, en grandeur et en magnificence,
le palais de Charlemagne. On y voyait, disent Eginhard et le
moine de Saint-Gall, d'immenses portiques, de superbes galeries,
des salles pour les diètes des grands vassaux, pour la
tenue des parlements, des conciles et des synodes ; des appartements
pour tous les officiers de l'empire, pour les députés
des provinces et les ambassadeurs : tout le palais était
tellement disposé, que, de sa chambre, Charles pouvait
voir tous ceux qui entraient dans les autres appartements.
Mais ce
qu'on admirait le plus était le riche portique qui conduisait
du palais à la basilique. L'art y déploya toute
son industrie, et le prince toute sa magnificence. Charlemagne
fit aussi construire des thermes, ouvrage admirable de la nature
et de l'art. Ils étaient si spacieux et si abondants
en eaux chaudes, que plus de cent personnes pouvaient y nager
ensemble. C'était l'un des exercices les plus ordinaires
du monarque ; il le prenait, non seulement avec les rois ses
enfants, mais souvent avec ses officiers et les seigneurs de
sa cour ; quelquefois même avec ses soldats, et l'auteur
de sa vie remarque qu'il y excellait par-dessus tous.
Il avait
aussi à Seltz, en Alsace, un palais non moins magnifique,
et ce fut là qu'il reçut les ambassadeurs de Nicéphore
avec un appareil dont les Orientaux eux-mêmes n'avaient
point d'exemple. Ce fut à Charlemagne que la France dut
ses premiers progrès dans la marine. Il releva le phare
de Boulogne, et fit creuser plusieurs ports ; il favorisa l'agriculture,
et s'immortalisa par la sagesse de ses lois.
Sa renommée
remplissait l'Orient. Il recevait les députés
du patriarche de Jérusalem, les ambassadeurs des empereurs
Nicéphore et Michel, et les deux ambassades que lui envoya
Aaron Al-Rachyd, le plus célèbre des califes abbassides.
Il assemblait des conciles, des parlements, publiait les Capitulaires,
les Livres Carolins, et faisait admirer en lui le conquérant
et le législateur.
Son empire
comprenait toute la France, la plus grande partie de la Catalogne,
la Navarre et l'Aragon ; la Flandre, la Hollande et la Frise
; les provinces de la Westphalie et de la Saxe jusqu'à
l'Elbe ; la Franconie, la Souabe, la Thuringe et la Suisse ;
les deux Pannonies, c'est-à-dire l'Autriche et la Hongrie,
la Dacie, la Bohême, l'Istrie, la Liburnie, la Dalmatie,
et différents cantons de l'Escalvonie ; enfin toute l'Italie
jusqu'à la Calabre inférieure ; car Charlemagne
ne s'était pas dépouillé de ses droits
sur la ville et sur le duché de Rome, sur l'exarchat
de Ravenne et sur les autres provinces de l'ancien État
ecclésiastique.
Ces diverses
provinces étaient divisées en duchés et
comtés ; chacune de ces divisions territoriales avait
des magistrats sédentaires. Les provinces étaient
surveillées par des légats voyageurs (missi dominici),
commissaires impériaux qui étendaient sur tous
les points de ce vaste empire l'influence directe du maître.
Les ouvrages
de Charlemagne sont :
1° Ses Capitulaires, recueillis par Ansegise, abbé
de Saint-Wandrille, mort en 822, et par Benoît le lévite,
ou diacre de Mayence, mort en 845. Ces Capitulaires furent dressés,
pour la plupart, à Aix-la-Chapelle, en 805 et 806. Ils
sont remarquables en ce que plusieurs ont été
renouvelés par Louis XIV.
2° Des lettres ; nous citerons : celle qu'il écrivit
ad Frastradam reginam de victoria Avarica, anno 791 : elle est
dans le recueil des historiens de Duchesne, et celle qu'il adressa
à Pepin, son fils, roi d'Italie ; la Lettre à
Élipand et aux autres évêques d'Espagne
: Charlemagne les conjure de s'en tenir à la foi de l'Eglise
catholique, et de ne pas se croire plus savants qu'elle ; la
Lettre à Alcuin : cette lettre prouve que Charlemagne
connaissait bien les rites ecclésiastiques.
3° Une Grammaire.
4° Son testament.
5° On attribue à Charlemagne quelques poésies
latines, telles que l'Épitaphe du pape Adrien, le Chant
de Roland, etc.
6° Les Livres Carolins ; Charlemagne n'en est point l'auteur,
mais il permit qu'on les publiât sous son nom ; ils furent
composés contre le second concile de Nicée, qui
décida la question des images.
Charlemagne
fut mis au nombre des saints par l'antipape Pascal III, l'an
1165 ou 1166. Le décret de sa canonisation n'ayant point
été rapporté par les papes légitimes,
et aucune réclamation ne s'étant élevé
contre lui, plusieurs églises d'Allemagne honorent la
mémoire de cet empereur ; mais ce culte n'a jamais été
consacré par l'autorité de l'église universelle.
Louis XI fixa sa fête au 28 janvier. L'université
de Paris le choisit pour son patron, en 1661, sans le désigner
cependant sous le nom de saint, et l'église de Metz,
au lieu de le reconnaître en cette qualité, célébrait
tous les ans un service pour le repos de son âme. Il est
appelé saint Charles dans toutes les cérémonies
de l'élection de Maximilien, roi des Romains, et dans
celles de son couronnement.
Source :
www.france-pittoresque.com/.../ue.com/roisfrance/charlemagne.htm
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