Qu'est
cet enfant, né à cinq heures et demie du matin,
déclaré sous le nom d'Alexandre Dumas ? À
l'origine donc un métissage social, dit-il, revendiquant
une double appartenance qui en ferait le représentant
modèle de la France post-révolutionnaire et enfin
réconciliée. Ainsi, pourtant, il dissimule l'essentiel
: Alexandre Dumas est un quarteron, descendant certes de hobereaux
normands, les Davy de la Pailleterie, mais petit-fils d'une
esclave ou d'une affranchie noire de Saint-Domingue, Marie Cessette
Dumas. Le patronyme qu'il fera sien est donc un nom servile.
Cependant, lorsqu'il le choisit, ce nom a subi une transsubstantiation
: loin de remémorer la servitude, il ressortit déjà
à la gloire, car, son père, (ci-contre) l'adoptant
comme nom de guerre lorsqu'il s'était engagé dans
les dragons de la reine, l'a illustré sur les champs
de bataille de la révolution, des Pyrénées
aux Alpes, de la Vendée au Mont-Cenis, de la Lombardie
aux déserts d'Egypte.
L'enfant
est le fils d'un héros, l'Horatius Coclès du Tyrol,
qui, seul, le 24 mars 1797, a défendu contre un corps
d'armée autrichien le pont de Klausen. Le héros
s'est allié à une humble provinciale du Valois,
Marie Louise Elisabeth Labouret qui appartient, non pas au peuple,
mais à la petite bourgeoisie du négoce : son père,
Claude, a tenu à Villers-Cotterêts l'hôtellerie
de L'Ecu de France.
L'enfance
aurait pu être heureuse pour cet assez joli enfant aux
longs cheveux blonds tombant sur les épaules, aux grands
yeux bleus, au teint blanc - Alexandre n'est pas né noir,
il le deviendra, brunissant, quand ses cheveux se mettront à
crêper, à l'entrée dans l'adolescence -,
pour le fils adoré du général républicain,
que Bonaparte a laissé au bord du chemin et qu'une longue
captivité dans les prisons du roi Ferdinand de Naples
a terrassé. Si bien adoré que, « quoique,
dans les derniers instants de sa vie, les souffrances qu'il
éprouvait lui eussent aigri le caractère au point
qu'il ne pouvait supporter dans sa chambre aucun bruit ni aucun
mouvement, il y avait une exception pour moi » (Mes Mémoires).
Après
la disparition du père (1806), la mère s'ensevelit
dans un deuil éternel, le fils d'à peine quatre
ans, dont l'imaginaire sera le seul Panthéon du père,
ne guérira jamais de « cette vieille et éternelle
douleur de la mort de mon père ». Il choit de la
gloire dans le siècle et le réel, c'est-à-dire
le lent appauvrissement, de l'aisance à la gêne,
qui assombrit le paysage idyllique de l'enfance et de l'adolescence.
Le presque pauvre, le jeune sauvageon se montre rétif
à l'éducation que sa mère, se saignant
aux quatre veines, a l'ambition de lui faire inculquer : inattentif
aux leçons de latin du bon abbé Grégoire,
sourd aux harmonies du violon, il ne se plaît qu'au maniement
des armes.
Il entre
en août 1816, pour apprendre un état, comme saute-ruisseau
chez Me Menneson, un notaire républicain ami de la famille.
Le fils du héros se rangera-t-il en tabellion de province
? Il appartient trop, déjà, par tempérament,
aux braconniers, aux irréguliers, pour se suffire de
l'aurea mediocritas. A l'adolescence, il découvre ce
qui constituera les deux pôles de sa vie tumultueuse :
l'amour des femmes et la passion pour la littérature.
Après sa première maîtresse, la blonde et
rose Aglaé Tellier, son premier maître, son initiateur
littéraire, un jeune homme de son âge, Adolphe
Ribbing de Leuven, qui, débitant des vers de vaudevilles,
choisit son jeune ami comme collaborateur. En même temps
qu'il lui transmet les rudiments de l'art dramatique, Adolphe
lui infuse la grand chimère de la conquête de Paris
qu'ont partagée tous les Rastignac du dix-neuvième
siècle : il ne doute pas que la littérature ne
lui ouvrira, « vers la capitale du génie européen,
un chemin semé de couronnes et de pièces d'or
».
Après
avoir obtenu, enfin, grâce à l'appui d'anciens
amis de son père, comme son tuteur Jacques Collard, une
modeste place de surnuméraire, puis d'employé
dans les bureaux de Louis-Philippe, duc d'Orléans, Alexandre
découvre le Paris de la Restauration et entreprend en
autodidacte une seconde éducation : il dévore
les livres, avec la même fièvre que la vie. Les
salons littéraires, qu'il fréquente d'abord, appartiennent
aux milieux impériaux et libéraux, de tendance
classique. Mais comment ce curieux passionné, cet ambitieux
forcené aurait-il pu rester insensible aux idées
nouvelles du romantisme qui, transformant la sensibilité,
s'en prennent aux canons de l'idéal classique français
? Les fils, toute frontière rompue, s'engouffrant dans
l'espace ouvert par l'épopée impériale,
ont découvert la littérature des peuples que les
pères avaient conquis ou combattus. Ils lisent avec passion
les Allemands Schiller et Goethe, dont le Werther sert de modèle
à une génération frappée par le
mal du siècle ; l'Ecossais Walter Scott qui leur propose
une forme de roman, profondément enracinée dans
l'histoire nationale ; l'Anglais Byron au ténébreux
dandysme ; et même l'Américain Fenimore Cooper
qui, leur faisant explorer l'immense Prairie, suscite le rêve
de nature vierge. Ces influences étrangères, auxquelles
s'ajoutent des luttes générationnelles, induisent
peu à peu une rupture formelle, puis idéologique
avec les aînés.
Aussi le
jeune auteur de pièces militantes, une Elégie
sur la mort du général Foy, un dithyrambe à
Canaris, vendu « au profit des Grecs », de poésies
fugitives, de deux vaudevilles, converti au romantisme, se place-t-il
sous l'invocation de lord Byron. En même temps, le jeune
provincial échafaude pour subjuguer Paris une stratégie
de conquête : il lie des amitiés précieuses
avec les littérateurs proches du duc d'Orléans
(Jean Vatout, Casimir Delavigne) qui seront d'actifs protecteurs,
il séduit le salon Villenave, et la fille de la maison,
Mélanie Waldor : « Parmi nos fidèles est
un jeune homme d'un vrai talent, le fils du général
Alexandre Dumas. C'est un poète facile et brillant qui
se croit romantique et qui ne l'est pas : il dit et ne lit jamais
; sa mémoire est prodigieuse: elle a retenu 30 ou 40
mille vers » écrit Mathieu Villenave à la
princesse de Salm. Son ambition semble atteinte lorsque le 20
mars 1828, le Comité d'administration de la Comédie-Française,
représenté par Armand, Devigny, Monrose, Grandville,
Menjaud, Saint-Aulaire et Samson, reçoit « à
corrections » sa tragédie en cinq actes intitulée
Christine de Suède, mais par bonheur pour l'auteur de
cette tragédie qui sent encore son classique, la pièce
ne parvient pas à être mise en scène.
C'est seulement
quelques mois plus tard que le jeune auteur, presque ignoré
du monde littéraire, acquiert en une soirée la
célébrité, le 10 février 1829, lorsque
se donne à la Comédie-Française, la première
représentation d'Henri III et sa cour, drame en prose,
qui affronte passions privées (les amours de Saint-Mégrin
et de la duchesse de Guise) et lutte pour le pouvoir politique
(Henri III tente de s'opposer à l'usurpation du duc de
Guise). C'est une victoire éclatante, un triomphe. Sur
le champ de bataille où désormais classiques et
romantiques en viennent aux mains, Alexandre Dumas est nommé
de facto général des troupes de la nouvelle génération
qui se rue à l'assaut de la Bastille théâtrale.
«
Lorsqu'on écrira l'histoire du romantisme, un rang très
élevé [lui] sera réservé. Quand
les uvres issues du renouveau littéraire se seront
tassées sous l'action du temps, on ne le confondra plus
avec ses imitateurs, et lorsque l'on verra ce que le théâtre
était avant lui, on sera étonné de la révolution
dramatique dont il a été le chef avant et au-dessus
de tout autre. Henri III et sa cour est une borne milliaire
qui marque l'entrée d'une route dont il a été
le premier pionnier ; ne serait-ce qu'à ce titre, il
est un artiste exceptionnel, un créateur » (Maxime
Du Camp, Souvenirs littéraires).
Surpris
par la Révolution de 1830 alors qu'il songe à
des voyages (Europe du Nord ? Alger, nouvellement conquise ?),
Dumas se jette dans le mouvement avec enthousiasme, par antipathie
pour les Bourbons qui bâillonnent la pensée, par
amour de la liberté, cette « grande et sublime
déesse, seule reine que l'on proscrit, mais qu'on ne
détrône pas ! » (Une odyssée en 1860),
mais peut-être aussi par simple besoin d'épancher
l'énergie qui bouillonne en lui. Courant Paris insurgé,
tirant sur les soldats du roi, manigançant une expédition
pour s'emparer au dépôt de Soissons de la poudre
qui fait défaut aux révolutionnaires parisiens,
il mûrit une conscience politique : sa conviction est
que l'ère de la république est arrivée.
Dumas est un écrivain engagé, même si cet
engagement s'accommode parfois de l'amitié des princes.
Don Juan
la nuit, selon Hippolyte Romand, son premier biographe, il poursuit
inlassablement, en chasseur coutumier des longues traques, les
femmes, attirées par son « sang africain »,
séduites par ce prestige physique que lui découvrait
avec une acrimonieuse envie Victor Pavie, un jour de baignade
: « J'admirais cette souple et robuste musculature, assez
rarement alliée avec les supériorités de
l'intelligence et de la pensée. J'estimais, sur la foi
de ces révélations, qu'il n'eût pas recueilli
moins d'applaudissements comme écuyer dans l'arène
du cirque, et comme virtuose au théâtre de Mme
Saqui, qu'il a soulevé d'acclamations comme auteur sur
les premières scènes » (uvres choisies).
Et dont
la comtesse Dash, gardait un souvenir ébloui : «
Sa taille était superbe, on sait combien il était
grand. On se mettait encore en culottes courtes en ces temps-là
pour certains bals. Dumas montrait volontiers de très
belles jambes. Avec cela de très beaux yeux bleus de
couleur saphir dont ils avaient l'éclat, lorsque son
intelligence les animait » (Mémoires des autres).
Le bel Alexandre
multiplie les conquêtes, par humanité, dit-il,
car, s'il n'avait qu'une maîtresse, elle serait morte
avant huit jours. Aussi la liste n'a-t-elle rien à envier
aux mille et trois de son modèle ; il n'a pas motif d'assassiner,
car elles ne résistent guère : il est vrai qu'il
braconne surtout dans les coulisses des théâtres
ces corps charmants dont il ne saura jamais se déprendre...
D'Aglaé Tellier, la première maîtresse,
à Valentine, la jeune buraliste du boulevard Malesherbes,
que de fantômes délicieux apparaissent au fil de
sa vie, un jour, un mois, un an, plusieurs années parfois.
Leur nom
comme les grains innombrables d'un infini chapelet d'ambre :
Louise Leroy, Laure Labay, amour d'un soir qui lui a donné
l'amour de sa vie, Alexandre, son fils (1824), Mélanie
Waldor (ci-contre), bas-bleu et Pygmalion, Virginie Bourbier,
la première, semble-t-il, d'une lignée de comédiennes,
Belle Kreilssamner, belle brune aux yeux azurés, mère
de sa fille Marie (1831), Ida Ferrier, qui seule accéda
au rang d'épouse légitime, Marie Dorval, Mme Abel,
Eugénie Sauvage, Hyacinthe Ménié, la grande
cantatrice Caroline Ungher, Octavie Durand, Aimée Doze,
Henriette Laurence, Anaïs Aubert, Eugénie Scriwaneck,
Bétrix Person, Anna Bauër, Marguerite Guidi, Isabelle
Constant, Marie, la pâtissière de Bruxelles, Emma
Mannoury-Lacour, Marie de Ferand, Jenny Falcon, Emilie Cordier,
Fanny Gordosa, Marie Garnier, Adah Menken, tant d'autres, sans
doute, dont les amours fugitives n'ont pas laissé de
traces. « Je n'ai point de vices, mais j'ai des fantaisies,
ce qui coûte bien plus cher ! »
En même
temps, Alcibiade le jour. Comme son cher Charles Nodier, Dumas
est un aimeur, et il a les amitiés plus fortes et plus
constantes que les amours, surtout lorsque l'amitié se
fonde sur l'admiration comme celle qu'il éprouve pour
Lamartine ou Victor Hugo. « J'ai embrassé d'un
coup d'oeil, lui écrit ce dernier, de Guernesey, le 23
janvier 1865, trente-cinq années de notre vie, écoulées
sans un trouble dans notre amitié, sans un nuage dans
nos coeurs, je me suis reproché d'avoir été
deux ou trois ans sans vous écrire et sans vous dire
combien je vous aime. Cela m'a tourmenté toute une nuit
comme un remords. Et je vous écris sans autre but que
de rétablir entre nos deux coeurs ce fil électrique
qui ne doit jamais ni se rouiller ni se détendre - quant
à le briser, il n'y a pas de force humaine qui en soit
capable. »
La révolution
de 1830 n'a pas profité à qui l'a faite, «
cette jeunesse ardente du prolétariat qui allume l'incendie,
il est vrai, mais qui l'éteint avec son sang. «
Le peuple est habilement écarté afin de laisser
place à la curée bourgeoise. Alexandre Dumas connaît
le désenchantement politique en même temps que
la fin des illusions littéraires. Sa foi dramatique chancelle.
En effet, le romantisme fait long feu : la prise de la Comédie-Française
n'a constitué qu'un victoire provisoire. Rejetés
par des comédiens, qui, engoncés dans le vieux
style, répondent mal à leurs exigences de renouvellement
dramatiques, Hugo, Vigny, Dumas, éblouis par les pactoles
que leur font miroiter les directeurs de théâtre,
se replient sur les Boulevards.
Comme en
réponse au malaise qui l'habite, le drame de Dumas -
marqué par de premières collaborations (Napoléon
Bonaparte, ou Trente ans de l'histoire de France, Térésa,
Angèle ) - est frappé toujours davantage au coin
de la violence, qui s'exprime en particulier dans Antony, «
scène d'amour, de jalousie, de colère en cinq
actes » dont le héros est un bâtard ; lui,
l'auteur, bâtard social, par excellence : « Malheur,
malheur à moi, que le ciel, en ce monde, / A jeté
comme un hôte à ses lois étranger ! »
Cette pièce-phare
de la génération romantique, dans laquelle l'auteur
montre que « le coeur bat d'un sang aussi chaud sous un
frac de drap que sous un corselet d'acier », illuminera
la route des décennies suivantes: « Antony [...]
fut peut-être le plus grand événement littéraire
de son temps. La vigueur des conceptions d'Alexandre Dumas était
en lui, en lui seul, dans cette vie qui coulait comme un fleuve
et entraînait tout dans son courant. C'est la situation
psychologique de ses héros qui crée, soutient,
accroît l'intérêt du drame [...] ; il suffit
à Dumas d'une chambre d'auberge où se rencontrent
des gens en redingote pour émouvoir l'âme jusqu'au
dernier degré de la terreur ou de la pitié. Il
est maître en son art et a donné au théâtre
des éléments nouveaux qui ont permis à
toute une génération d'auteurs dramatiques de
quitter les voies où le vieux mélodrame, où
la tragédie caduque se traînaient en boitant et
tombaient à chaque pas » (Maxime Du Camp, Souvenirs
littéraires).
Sur le boulevard
du crime, Dumas, servi par des comédiens qui ont du génie
jusqu'à l'excès (Marie Dorval, Mademoiselle George,
Frédérick Lemaître [ci-contre], Bocage),
enthousiasme un public plus large et plus jeune, séduit
par le mouvement frénétique de ses drames qui
doivent beaucoup au mélodrame. La Tour de Nesle, par
exemple, qu'il ne signe d'abord que de ***, soulève les
foules populaires jusqu'au jour où elle est interdite
par la censure.
Toutefois,
l'irrésistible ascension du jeune et tonitruant auteur
dramatique se heurte à de premiers échecs (Catherine
Howard, Don Juan de Marana), qui sonnent la fin de la révolution
littéraire, et, de même qu'en politique, le retour
de la réaction. Le créateur se retire sous sa
tente. Il accepte pourtant la fonction de critique dramatique
à La Presse, nouveau journal fondé par Emile de
Girardin (juin 1836), comme pour mieux diriger le mouvement
théâtral du haut de sa tribune. Mais ce magistère
sied mal à l'homme d'action: il se lance à nouveau
dans la bataille, mais, résigné au compromis,
propose au Théâtre-Français une tragédie,
Caligula, qui, annoncée avec fracas, sombre sous le poids
de sa démesure, et des comédies, qui semblent
présager, loin des premiers principes révolutionnaires,
un renouveau personnel (Mademoiselle de Belle-Isle, Un mariage
sous Louis XV, Les Demoiselles de Saint-Cyr).
Il se détourne
pourtant de la scène qui lui a tout appris, ne revenant
à elle, sous une autre forme, le théâtre
à grand spectacle, que par le biais du roman, lorsque,
maître du feuilleton, il fondera le Théâtre-Historique
(1847) sur lequel il produira sous les feux de sa rampe ses
héros que les grands journaux (Journal des Débats,
Le Siècle, La Presse, Le Constitutionnel) auront popularisés
en les logeant au rez-de-chaussée de leur une : La Reine
Margot, Le Chevalier de Maison-Rouge, Monte-Cristo, La Jeunesse
des Mousquetaires, etc..
Même
si la postérité l'a sacré romancier, Alexandre
Dumas se concevait avant tout comme auteur dramatique. Après
les déconvenues, qu'elles soient politiques, littéraires,
personnelles ou financières, Alexandre Dumas cherche
à fuir l'infernal chaudron parisien. En 1832, après
les mois sinistres du choléra et les émeutes qui
accompagnent les funérailles du général
Lamarque, il part pour la Suisse, prolongeant son excursion
vers l'Italie du Nord, et il n'est pas indifférent que,
pour échapper à l'étouffante atmosphère
de la Monarchie de Juillet, il ait choisi de parcourir la seule
république d'Europe.
«
Voyager, c'est vivre dans toute la plénitude du mot ;
c'est oublier le passé et l'avenir pour le présent
; c'est respirer à pleine poitrine, jouir de tout, s'emparer
de la création comme d'une chose qui est sienne, c'est
chercher dans la terre des mines d'or que personne n'a fouillées,
dans l'air des merveilles que personne n'a vues, c'est passer
après la foule et ramasser sous l'herbe les perles et
les diamants qu'elle a pris, ignorante et insoucieuse qu'elle
est, pour des flocons de neige et des gouttes de rosée.
» (Impressions de voyage).
Il rapporte
de ce premier périple des impressions de voyage, et,
en les rédigeant, se découvre, et découvre
au lecteur un prosateur plein de « verve ». Quel
charme fait de lui, aussitôt, selon le mot de Nerval,
« un de nos plus célèbres écrivains
touristes » ?
C'est un
mélange subtil et toujours surprenant : un récit
picaresque de voyage dont le principal héros n'est autre
que l'auteur lui-même, considéré cependant
avec la distance de l'humour par son double, le narrateur, lequel
se plaît à multiplier et entrecroiser autour de
ce récit premier d'autres narrations : épisodes
ou chroniques historiques, contes et légendes des pays
traversés, courtes nouvelles modernes. Homme d'infini
mouvement, le voyageur entraîne le lecteur dans son branle
vertigineux.
Les Impressions
de voyage (Impressions de voyage en Suisse, Le Midi de la France,
Une Année à Florence, Le Corricolo, Le Speronare,
Le Capitaine Aréna, Excursions sur les bords du Rhin,
La Villa Palmieri, De Paris à Cadix, Le Véloce,
ou Tanger, Alger et Tunis, Nouvelles impressions de voyage,
De Paris à Astrakhan, Le Caucase) constituent un laboratoire
narratif dans lequel l'écrivain a expérimenté
les qualités qu'il mettra au service du roman. Il sera
par la suite le Juif Errant de la littérature, éternel
voyageur à travers l'Europe : le Midi de la France (1834),
l'Italie et la Sicile (1835), la Belgique, les bords du Rhin
(1838), Florence (1840-1843), l'Espagne et l'Afrique du Nord
(1846), la Hollande (1849), Londres (1857), la Russie, le Caucase,
la Grèce (1858-1859), l'Italie du Nord (1860), la Sicile
et Naples (1860-1864), l'Autriche et la Hongrie (1864-1865),
l'Espagne à nouveau (1870).
Cependant,
jamais il ne parviendra à assouvir sa soif d'Orient,
ce désir, caressé pendant plus d'un quart de siècle,
de « soulever sous mes pieds la poussière de deux
ou trois civilisations. Mes aspirations étaient donc
vers l'Orient splendide, et non vers l'Occident brumeux ; vers
l'Italie, la Grèce, l'Asie, la Syrie, l'Egypte. »
Le prosateur, aguerri par les Impressions de voyage n'est venu
que timidement, et comme à regret, au roman, à
travers le filon d'or des chroniques historiques, dont le succès
le décida, écrit-il, à faire une suite
de romans qui s'étendraient du règne de Charles
VI jusqu'à nos jours.
Pourtant,
c'est le succès prodigieux, dans le feuilleton du Journal
des débats, des Mystères de Paris d'Eugène
Sue qui l'entraîne irrésistiblement dans la voie
romanesque. Il hésite pourtant sur le genre à
exploiter, entre roman mondain, roman sentimental, roman fantastique,
roman criminel, avant d'opter définitivement - après
l'extraordinaire succès des Trois Mousquetaires, écrit
en collaboration avec Auguste Maquet - pour le roman historique
auquel il confère une valeur inconnue jusqu'à
lui.
Les lecteurs
dévorent la suite de ses romans proposés, à
grand renfort d'annonces, par les principaux journaux du temps
(Journal des débats, La Presse, Le Siècle, Le
Constitutionnel) qui s'arrachent et s'attachent, à coup
de traités mirifiques, la poule aux ufs d'or. Les
grandes uvres s'entremêlent à un train d'enfer
: la trilogie des Mousquetaires (Les Trois Mousquetaires, Vingt
ans après, Le Vicomte de Bragelonne), celle des Valois
(La Reine Margot, La Dame de Monsoreau, Les Quarante-Cinq),
la tétralogie des Mémoires d'un médecin
(Joseph Balsamo, Le Collier de la reine, Ange Pitou, La Comtesse
de Charny).
Ce qui peut-être,
au commencement, n'était que stratégie éditoriale
devient sa mission, celle « non seulement d'amuser une
classe de nos lecteurs qui sait mais encore d'instruire une
autre qui ne sait pas [le peuple] » et c'est pour ce peuple,
dépossédé jusqu'alors de son histoire,
qu'il écrit, particulièrement. Il conçoit,
sans doute rétrospectivement le « Drame de la France
», à personnages réapparaissants: «
Nous ne faisons pas un livre isolé ; mais [...] nous
remplissons ou essayons de remplir un cadre immense. Pour nous,
la présence de nos personnages n'est point limitée
à l'apparition qu'ils font dans un livre [...]. Balzac
a fait une grande et belle uvre à cent faces, intitulée
La Comédie humaine. Notre uvre à nous, commencée
en même temps que la sienne, [...] peut s'intituler Le
Drame de la France. »
Alexandre
Dumas jouit d'une popularité incomparable, qui se double
d'un rejet des instances officielles de la littérature
: accusation contre la « littérature industrielle
», pamphlets comme Fabrique de romans: Maison Alexandre
Dumas et Cie d'Eugène de Mirecourt (1845) qui dénonce
en Dumas un chef d'exploitation coupable de faire écrire
les livres qu'il signe par des auteurs besogneux. À vrai
dire, s'il a d'abord tenté de rejeter la collaboration
- « Les collaborateurs ne poussent pas en avant, ils tirent
en arrière. » - Dumas a fini par céder à
une pratique littéraire qui était pour le théâtre
de son temps davantage la règle que l'exception.
Quant au
roman, il n'a véritablement adoubé que deux collaborateurs
successifs : Auguste Maquet (ci-contre) et, plus tard, pâle
contrefaçon du premier, Gaspard de Cherville. Les mécanismes
du travail en commun sont assez bien connus : sur une idée
première, apportée par l'un ou par l'autre, les
collaborateurs élaborent, au cours d'une séance
de travail, un plan, parfois des « bottes de plans »
lorsque plusieurs romans vont de conserve ; ensuite Maquet rédige
une première version qui, triplée ou quadruplée
par Dumas sur de grandes feuilles de papier bleu tendre, est
remise aux directeurs des feuilletons.
Quoiqu'il
en soit, sous le nom d'Alexandre Dumas se crée un genre
: le roman théâtral historique, qui se développe
par scènes admirablement dialoguées, un genre
- qui n'a d'autres règles que d'amuser et intéresser
- dont il demeure l'incontestable maître. « Sa puissance
d'invention tient du prodige ; une phrase de Brantôme,
de L'Estoile, du Cardinal de Retz, de de La Porte, lui permet
de reconstruire à sa manière une période
historique. Un jour les Mémoires de la police de Peuchet
[...] lui tombèrent sous la main ; il y lut le récit
d'un fait réel qui s'était produit au début
de la seconde Restauration [...]. Alexandre Dumas fut frappé
de cette anecdote, qui est racontée en trois pages ;
il en fit un roman en huit volumes, Monte-Cristo. Il n'avait
besoin que d'un point d'appui pour soulever une conception où
tout s'enchaîne, se déduit, palpite, intéresse,
émeut. Est-ce parce qu'il eut la faculté d'invention
poussée jusqu'au génie que de braves gens incapables
de former une panse d'a ont dit de lui : « C'est un blagueur
». Peut-être ; et si l'on y regarde de près,
on verra qu'on lui a surtout reproché d'être amusant.
Dans notre pays qui vise à l'esprit et qui a des prétentions
à la gaieté, on n'a la réputation d'un
écrivain sérieux qu'à la condition de n'être
pas trop spirituel et d'être parfois un peu frotté
d'ennui. Ce ne fut pas le cas de Dumas, dont la bonne humeur
était intarissable » (Maxime Du Camp).
Jules Michelet
lui dit un jour qu'il avait plus appris d'histoire au peuple
que tous les historiens réunis. Alexandre Dumas atteint
son Capitole : les revenus de ses feuilletons et le triomphe
d'adaptations de ses romans sur la scène de son Théâtre-Historique
lui permettent d'élever sur une colline dominant la Seine
son château de Monte-Cristo. « C'est la plus royale
bonbonnière qui existe ! », s'exclame, envieux,
Honoré de Balzac. Hélas ! La Révolution
de 1848, qui met fin à un régime qui a fait la
France « sanglante, humble et pauvre », le mène
droit à la roche tarpéienne.
Il tente
vainement, croyant venu le temps des prophètes, d'entrer
dans l'arène politique, mais, à chaque fois qu'il
se présente devant les électeurs, que ce soit
dans la Seine, dans la Seine-et-Oise, dans l'Yonne et plus tard
en Guadeloupe, il récolte un nombre de voix piteux. Ceux
qui le lisent ne l'élisent pas. Lamartine est à
la tête du gouvernement provisoire, Hugo et Sue à
la Chambre. Lui, trop extravagant sans doute, est renvoyé
à sa table de travail. A défaut de tribune, il
entend influer sur le cours des événements en
collaborant à des organes politique (La Liberté,
La France nouvelle, La Patrie, L'Evénement), en fondant
son propre journal, Le Mois. Effrayé par les journées
révolutionnaires du 15 mai et de juin 1848, il se rapproche
du parti de l'Ordre, ne se montre pas défavorable à
l'irrésistible ascension du prince-président.
Cependant,
il lutte surtout pour sa propre survie. Crise des théâtres,
marasme de la librairie, droit de timbre frappant les journaux
imprimant des feuilletons tarissent ses revenus. Son château
est vendu, ses meubles de la rue Frochot saisis. Maquet, se
rebellant contre sa condition subalterne, se sépare de
lui. Bientôt, le Théâtre-Historique doit
fermer ses portes : c'est la faillite dont l'écrivain
est reconnu responsable par jugement du 20 décembre 1850,
confirmé le 11 décembre de l'année suivante.
Comme tous les banqueroutiers, il fuit la contrainte par corps
en se réfugiant en Belgique : « Mon père
[...] a perdu un procès qui peut lui mettre deux cent
mille francs à payer sur le dos, et il est bon qu'il
soit hors de Paris pendant qu'on arrange cette affaire »,
confie à Elisa Corcy Alexandre Dumas fils qui a accompagné
son père.
À
Bruxelles, il retrouve tous les proscrits du coup d'Etat, dont
son cher Hugo qu'il a tenté de protéger dans la
journée du 2 décembre (« Aujourd'hui à
6 heures 25.000 francs ont été promis à
celui qui arrêterait ou tuerait Hugo. Vous savez où
il est - que sous aucun prétexte il ne sorte »,
a-t-il recommandé au comédien Bocage). Il leur
ouvre toutes grandes les portes de sa maison du 73, boulevard
Waterloo qu'il a luxueusement décorée d'uvres
d'art échappées au désastre comme Le Tasse
dans la prison des fous et Hamlet dans le cimetière de
Delacroix.
Un proscrit
qu'il recueille chez lui, Noël Parfait, grand honnête
homme, tente courageusement de remettre à flot la barque
qui prend eau de toute part. Tandis que le fils conquiert Paris
avec La Dame aux camélias (1852), le père se penche
sur son passé, poursuivant la composition de ses Mémoires,
commencées au temps si proche de sa splendeur, le 17
octobre 1847, en son château de Monte-Cristo. S'il n'envisage
pas, malgré la défection d'Auguste Maquet, la
fin de sa carrière romanesque, ni de sa carrière
dramatique, il prend conscience que désormais c'est la
pente descendante de la vie qui l'attend. Il est désormais
l'auteur d'uvres qui sont derrière lui, l'auteur
d'Antony, des Trois Mousquetaires et du Comte de Monte-Cristo.
De retour
à Paris, le publiciste prend le pas sur l'écrivain
: le 12 novembre 1853, il lance Le Mousquetaire, quotidien artistique
que dénonce le prudent Noël Parfait : « Sur
ces entrefaites, Girardin reçut l'avertissement officieux
de suspendre la publication des Mémoires. Dumas furieux,
se monta la tête. Il crut épouvanter ses ennemis
hauts et bas en fondant un journal où il aurait constamment
la parole ; il trouva je ne sais quel bailleur de fonds, et
Le Mousquetaire fut créé ! Le Mousquetaire !...
Enfin !... Le 20 novembre dernier vit l'apparition de cette
feuille, qui n'épouvanta personne, dont personne même
ne paraît s'occuper, et qui ne restera, si elle reste,
que comme le plus incroyable monument de l'égotisme et
de la personnalité ! Cela n'est pas même curieux
: cela fait hausser les épaules, voilà tout. Les
Mémoires qui en forment la partie principale, et dont
la politique est désormais exclue, puisque le journal
est purement littéraire, ne sont plus qu'un indigeste
recueil de vieilles anecdotes de coulisses, et de citations
faites sans ordre, sans plan, sans but, à tort et à
travers. En vérité, ceux qui, comme moi, aiment
sincèrement Dumas ne peuvent qu'être profondément
affligés de le voir ainsi galvauder son talent et compromettre
sa réputation littéraire. »
Ce rêve
de toute sa vie d'avoir un journal bien à lui, cette
« affaire en or » qu'il entend exploiter seul, et
qui tire d'abord à dix mille exemplaires, ne répond
pas à ses espérances - pas plus que son successeur
Le Monte-Cristo, journal hebdomadaire de romans, d'histoire,
de voyage et de poésie, publié et rédigé
par Alexandre Dumas, seul (27 avril 1857- 10 mai 1860), «
lettre envoyée à tous ses amis connus et inconnus
» (1857).
Poussé
par Pierre-Jules Hetzel, il se résout à épouser
un autre collaborateur, Gaspard de Cherville, substitut falot
d'Auguste Maquet, mais les romans disparates produits par le
couple, romans fantastiques, romans mondains, romans campagnards,
roman exotique (Le Lièvre de mon grand-père, 1856
; Le Meneur de loups, 1857 ; Black, 1858 ; Les Louves de Machecoul,
1858 ; Le Chasseur de sauvagines, 1858 ; Histoire d'un cabanon
et d'un chalet, 1859 ; Le Médecin de Java, 1859 ; Le
Père La Ruine, 1860 ; La Marquise d'Escoman, 1860) déçoivent
le lecteur - comme l'écrivain lui-même. Seul diamant
dans ce tout-venant romanesque, les admirables Compagnons de
Jéhu, écrits sans collaborateur, à partir
des Portraits de la Révolution et de l'Empire de Charles
Nodier.
Le signe
du malaise provoqué par la conscience de l'échec
créateur, c'est le prurit de voyages qui s'empare de
lui. Il fuit le tourbillon parisien, où il n'est plus
qu'Alexandre Dumas père, voire le père Dumas,
dieu antique de la littérature, plus moqué qu'honoré.
Il voyage : il est à Londres comme correspondant de La
Presse pour les élections de 1857, il pousse jusqu'à
Guernesey afin de serrer une dernière fois dans ses bras
son vieil ami Hugo en exil sur son rocher ; il part sur un coup
de tête pour la Russie, traversant l'Empire des tsars
jusqu'à ses confins caucasiens (juin 1858-mars 1859,
ci-contre).
Le voyage
est source de bonheur et de Jouvence pour l'éternel nomade
qu'il est : « A part toi nul ne m'aime au monde, nul ne
pense à moi nul ne s'inquiète de moi - Je me sens
bien seul et bien oublié de tout le monde de sorte que
je jouis ou à peu près du bonheur d'être
mort sans avoir le désagrément d'être enterré
- Je suis un revenant de jour au lieu d'être un spectre
de nuit. Si notre vie ne s'arrange pas pour l'année prochaine
l'année prochaine je repars et je revis de la même
(vie). Je suis rajeuni de dix ans comme force et je dirai presque
comme visage. J'ai adopté une espèce de costume
circassien qui me va très bien et qui est très
commode tout le temps que je ne le porte pas je suis dans ma
chère robe de chambre de velours noir, avec des chemises
de soie du Caucase rouges ou jaunes. La bonne chose que cette
liberté de faire ce que l'on veut, de se mettre ce que
l'on veut, d'aller où l'on veut. Au reste dès
que je rentre ici en pays civilisé j'entre dans une espèce
de triomphe perpétuel et qui serait la joie et l'orgueil
d'un autre et qui est mon supplice à moi. » (Lettre
à Emma Mannoury-Lacour).
Bientôt,
grâce au contrat qu'il signe avec Michel Lévy pour
l'exploitation de ses uvres (décembre 1859), il
acquiert une goélette avec laquelle il espère
entreprendre la découverte de la Méditerranée,
de la Grèce à la Terre-Sainte et l'Egypte, chimère
caressée depuis son voyage de 1834.
Partie de
Marseille le 9 mai 1860, L'Emma qui, parmi ses passagers pittoresques,
compte l'admirable photographe Gustave Le Gray, se détourne
de l'Orient pour suivre le sillage de l'expédition des
Mille conduite par le Messie de la Liberté Garibaldi.
Elle la rejoint dans Palerme libérée. Enivré
de tremper enfin dans l'histoire en marche, Alexandre Dumas
prend sa place parmi les apôtres, un apôtre vengeur
qui participe à la chute de François II, débile
rejeton de la race maudite des Bourbons, qui a empoisonné
son père. Après l'entrée triomphale de
Garibaldi à Naples, l'écrivain est nommé
au poste honorifique de directeur des Musées et fouilles.
Il fonde un journal, L'Independente (ci-contre), plus garibaldien
que Garibaldi, qui se donne pour mission d'extirper la mauvaise
herbe des Bourbons. Hélas ! le dictateur s'en va après
le référendum de rattachement du royaume des Deux-Siciles
au royaume d'Italie. Seul désormais, Dumas poursuit sa
lutte contre la contre-révolution et la camorra. Il écrit,
en même temps que sa monumentale Histoire des Bourbons
de Naples, ses Châtiments sous la forme d'un roman, La
San Felice, qui, plus qu'un pamphlet anti-bourbonnien, est un
hymne à la première République.
Fort du
succès de La San Felice, le vieil écrivain tente
une dernière conquête de Paris, mais ses entreprises
journalistiques durent peu (Les Nouvelles, Le Mousquetaire,
deuxième du nom, Le Dartagnan) ; il peine à placer
des romans, qu'il achève rarement (René Besson,
Le Comte de Moret, Hector de Sainte-Hermine). En décembre
1864, le succès de sa « Causerie sur Eugène
Delacroix » le pousse à parcourir la France et
l'étranger (Belgique, Autriche) pour s'y produire au
cours de conférences qui prennent pour thèmes
des épisodes de sa vie, en 1865 (voir Alexandre Dumas,
de conférence en conférence). Ces conférences
sont des spectacles nostalgiques où l'on vient voir le
magicien qui autrefois a enchanté.
L'athlète
déclinant s'enfonce dans l'érotomanie et la maladie
: « Nous n'irons plus au bois, non point, parce que les
lauriers sont coupés, mais parce que je ne peux plus
marcher même au milieu des lauriers », avoue-t-il
à son ancien collaborateur Cherville. Sa fille Marie
- qui vit près de lui, boulevard Malesherbes - dissimule,
tant qu'elle peut, la déchéance de son père,
qui rassemble malaisément les articles de son Grand Dictionnaire
de cuisine, qui sera publié posthume. Après un
long séjour en Espagne, il s'en vient mourir à
Puys, près de Dieppe, dans la maison de vacances de son
fils (voir Alexandre Dumas, l'entrée dans l'éternité).
Peu avant
sa mort, il s'inquiétait de la survie de son uvre.
Depuis plus d'un siècle, ses innombrables lecteurs renouvelés
ont effacé tout doute, et ratifié le bel hommage
de Victor Hugo, alors que, premier voyage posthume, son corps
était porté de Puys au cimetière de Villers-Cotterêt.
Source
: www.dumaspere.com/.../pere.com/pages/vie/biographie.html