Pointe
hexagonale de la «presqu'île européenne»,
la France a joué un rôle historique qui peut
paraître aujourd'hui disproportionné par
rapport à son étendue territoriale et à
son importance démographique. En réalité,
la France, qui est toujours l'État le plus étendu
d'Europe après la Russie et l'Ukraine, fut jusqu'au
XIXe siècle le pays le plus peuplé du continent,
Russie exceptée.
Surtout, la pensée française, issue des
Lumières et de la Révolution, a fait le
tour de la planète, au point d'être promue
au rang de modèle. L'influence séculaire
de la France vient de ce qu'elle s'est pensée très
tôt en termes d'unité et de mission. Pendant
près de mille ans, les rois ont été
de tenaces rassembleurs de peuples et de provinces, et
ont engagé le processus de centralisation que la
Révolution et l'Empire ont parachevé dans
les frontières ressenties comme «naturelles».
D'autre part, «fille aînée de l'Église»
puis «terre des droits de l'homme», la France,
des croisades à la levée en masse de 1792
et à la «guerre du droit», s'est crue
investie de la charge d'imposer une vision du monde. Même
si, de la chrétienté à la liberté,
la réalité ne coïncide pas toujours
avec cette belle image d'Épinal, il demeure qu'à
l'orée du IIIe millénaire, et dans
un univers politiquement et culturellement éclaté,
l'un des atouts les plus forts de la France reste d'être
une conscience. C'est en se fondant sur cette image que
la France s'efforce de construire une nouvelle organisation
européenne et de définir un nouveau mode
de relations entre les peuples d'un monde en totale mutation.